
TERRITOIRES
Bordeaux Euratlantique
Bordeaux, précurseur des politiques urbaines de demain
Bordeaux Euratlantique constitue l’une des plus vastes opérations d’aménagement de France : elle transforme un territoire de 738 hectares, situé de part et d’autre de la Garonne, sur les communes de Bordeaux, Bègles et Floirac. La reconversion de friches industrielles et de zones d’activités dégradées devrait ainsi permettre d’accueillir, au cœur de la métropole bordelaise, 50 000 nouveaux habitants
et 30 000 salariés en une vingtaine d’années.
Entretien avec Valérie Lasek, directrice générale de l’Établissement Public d’Aménagement Bordeaux Euratlantique

« Il s’agit de répondre à une promesse de dynamisme, d’animation et d’efficacité, tant pour les habitants, les salariés que les visiteurs. »
Qu’est-ce qui constitue l’identité du territoire de l’OIN Bordeaux Euratlantique ?
L’Opération d’Intérêt National (OIN) Bordeaux Euratlantique a été créée en 2009 et et l’établissement Public d’Aménagement (EPA) qui la pilote en 2010. Son périmètre d’intervention est stratégique car il se situe au cœur même de la métropole de Bordeaux. L’enjeu était d’accompagner la mutation urbaine autour de la gare Saint-Jean dans le cadre de l’arrivée en 2017 de la ligne à grande vitesse (LGV) Paris Bordeaux et de répondre aux besoins des collectivités locales, confrontées à une pression démographique particulièrement forte. Cela nécessitait une intervention publique menée par un opérateur puissant, capable de réguler dans l’espace et dans le temps l’évolution de ce très grand territoire de 738 hectares constitué de la gare et de friches ferroviaires et industrielles, de fonciers artificialisés et transformés par diverses activités, au sein d’une métropole hyper-attractive. Le défi n’était pas des moindres puisqu’il s’agissait en quelque sorte de reconnecter Bordeaux au reste de l’Europe.
La métropole bordelaise connaissait un étalement urbain déjà majeur il y a deux décennies et qui demeure une problématique forte, encore aujourd'hui. L’Opération d’Intérêt National propose une alternative stratégique et permet un développement équilibré de l’espace métropolitain. L’objectif est donc d’ajouter de la ville à la ville et de reconquérir ce territoire, ces secteurs qui ont connu diverses mutations, riches d’un potentiel d’accueil de 50 000 habitants et de 30 000 emplois. Il aurait pu constituer la 29e commune de Bordeaux Métropole mais il a été pensé différemment. C'est la création de nouveaux quartiers mixtes au sein des villes de Bordeaux, Bègles et Floirac, intégrant les enjeux de développement urbain durable. Cette opération porte ainsi sur une vingtaine de quartiers – existants ou créés – bénéficiant chacun d’une identité propre, d’équipements, d’activités, de services et de logements.
Quel chemin parcouru depuis 2009 et l’ambition initiale de construire un quartier d’affaires ?
L’ambition initiale s’intégrait dans la volonté politique de créer une métropole « millionnaire », visionnaire et la nécessité d’inscrire Bordeaux dans le concert des métropoles majeures telles que Paris, Marseille, Lille ou Lyon. L’idée était de rivaliser avec les quartiers d’affaires comme La Défense ou d’autres en Europe. Le projet s’est toutefois rapidement orienté vers la création de quartiers de ville équilibrés, et même si le développement des activités tertiaires est important à proximité de la gare – ce qui va de soi compte tenu de l’ambition d’accueillir de grands comptes – la volonté a été d’éviter les travers des villes monofonctionnelles notamment en ce qui concerne les mobilités. Lorsque l’on analyse l’évolution en 15 ans des espaces dédiés à la voiture dans les secteurs concernés, on perçoit clairement leur transformation en faveur des modes de déplacement alternatifs. Nous avons bénéficié en cela de la présence de la gare Saint-Jean qui est devenue le barycentre de cette nouvelle mobilité décarbonée.
Le chemin parcouru peut être considéré comme une adaptation progressive de l’intention initiale à un projet plus urbain, compatible avec une ville historique et reconnue au titre du patrimoine mondial de l’Unesco, qui se serait finalement mal accordée avec un nouveau quartier tel que la City londonienne. Il s’agit plutôt de répondre à une promesse de dynamisme, d’animation et d’efficacité, à la fois pour les habitants, les salariés et les visiteurs, autant de qualités qui font la richesse de la métropole bordelaise et son attractivité inhérente.
Pouvez-vous nous présenter la trajectoire de la nouvelle feuille de route stratégique ?
Puisque l’EPA et ses partenaires ont opté pour la création de quartiers mixtes, dans une logique de proximité avec les habitants et les acteurs de la ville, nous avons travaillé sur de petites unités, donc ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) par ZAC ou secteur d’aménagement par secteur d’aménagement, chacun ayant son propre niveau de maturité.
L’objectif est de livrer des ensembles qui tirent leur spécificité du contexte et de la mémoire des lieux. Le quartier de la gare, par exemple, fait écho au patrimoine ferroviaire… L’enjeu est également de tisser des liens avec les quartiers adjacents, notamment historiques, au-delà des différences architecturales, en portant un soin particulier aux coutures urbaines.
Un peu plus de dix ans après le lancement du projet, en 2021, nous avons fait un bilan concernant l’aménagement des premiers secteurs afin notamment de nous assurer que nous étions sur la trajectoire attendue en termes de développement, d'innovation et d'attractivité. C’est dans ce cadre que le préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine, préfet de Gironde, s’est vu confier par le ministre délégué au Logement, tutelle de l’EPA, un mandat de négociation en vue de la mise à jour de sa feuille de route. Ainsi l’EPA Bordeaux Euratlantique, l’État, Bordeaux Métropole, la Ville de Bordeaux, la Ville de Bègles, la Ville de Floirac, la Région Nouvelle-Aquitaine et le Département de la Gironde se sont concertés pour définir leurs objectifs et leurs engagements, notamment financiers, dans la mise en œuvre des projets urbains de l’OIN pour la période 2024-2040. Cela s’est traduit par un investissement supplémentaire de 150 millions d’euros porté à 35 % par l’État et à 65 % par les collectivités locales. La nouvelle feuille de route entérine nos quatre enjeux prioritaires : la production de logements abordables et la mixité urbaine ; la transition écologique et énergétique ; la conception d’une ville créatrice de valeurs et inclusive ; ainsi que la soutenabilité économique de l’OIN pour les finances publiques. Fixée initialement en 2030, la date d’achèvement du projet a été reportée à 2040 : une nécessité compte tenu de sa complexité et des réponses à apporter aux enjeux sociaux et environnementaux.
Pourquoi l’EPA est-il un outil adapté à la mise en œuvre de cette stratégie ?
L’établissement Public d’aménagement est un opérateur expert ayant les capacités et l’agilité d’un outil de mission, et qui mobilise toute la palette de compétences pour jouer son rôle d’ensemblier : il concilie les stratégies des collectivités locales ayant un projet pour leur territoire et celles des acteurs nationaux menant des politiques qui dépassent le cadre local telles que la production de logements abordables, la lutte contre l’étalement urbain, l’aménagement équilibré et durable des territoires... Rappelons que la mission que l’État a confiée à l’EPA relève avant tout du service public. Aussi, tous les projets sont-ils dans l’intérêt général. L’État et les collectivités s’engagent à ses côtés en le dotant des moyens nécessaires pour mener à bien cette opération ambitieuse.
Qu’est-ce qui rendra ce territoire véritablement attractif pour les ménages et pour les entreprises ?
Pour que ce territoire soit encore plus attractif, outre sa situation géographique exceptionnelle, il est nécessaire d’être attentifs aux besoins des ménages et des entreprises, car les comportements évoluent comme nous l’avons constaté depuis la crise sanitaire.
Autre constat : les familles doivent consacrer au logement une part de plus en plus élevée de leurs revenus. Pour répondre à ces besoins, nous sommes capables de proposer un parcours résidentiel aussi bien aux étudiants qu’aux personnes âgées qui, pour nombre d’entre elles, préfèrent vieillir chez elles qu’en institution.
Ce territoire répond aux différentes attentes et nous anticipons les besoins futurs. Ceci nous oblige car, lorsque l’on fait des promesses, il faut être à la hauteur des engagements que l’on prend. Il en est de même en ce qui concerne les entreprises qui sont également au cœur de mutations d’envergure quant aux modes de travail ou de consommation.
Là encore, les analyses concernant les évolutions des attentes des acteurs économiques doivent induire de véritables changements en termes d’aménagement et de construction, se traduisant notamment par une intensification des usages qui fait écho à la nécessaire sobriété énergétique. Cela fait aussi évoluer la façon dont on conçoit nos modes de vie et d’habiter. Ce territoire, parce qu’il est particulier et parce qu’il mobilise des moyens dédiés importants, doit innover dans toutes ses dimensions urbaines.
En quoi ce projet est-il exemplaire du point de vue écologique et énergétique ?
Lorsqu’on a la responsabilité d’un secteur aussi important, on est forcément préoccupé de l’empreinte écologique des mutations urbaines et on doit mesurer cette empreinte. Nous nous sommes donné des outils pour le faire tout en traduisant localement les politiques nationales dans la transition écologique et énergétique. Nous menons ces stratégies en lien avec les élus locaux. Cela se traduit par une évolution vers des modes constructifs moins carbonés : ainsi dès 2019, plusieurs bâtiments en bois expérimentaux ont été érigés, grâce à l’utilisation de la ressource locale.
Les enjeux d’accessibilité et de sécurité incendie ont été intégrés à ces démarches architecturales. Nous travaillons aussi sur le cycle de l’eau pour ralentir le retour de l’eau à la Garonne et profiter de l’alliance entre le végétal et l’eau pour rafraîchir la ville, ce qui induit des partis pris d’aménagement. Enfin, du point de vue énergétique, le potentiel de solarisation est mesuré à l’échelle de l’OIN ;
ce qui se traduit par des possibilités d’installations photovoltaïques sur les toitures afin de renforcer l'utilisation de l’énergie renouvelable sur l'OIN pour favoriser l’indépendance énergétique du territoire.